Qui n'a pas entendu parler, de près ou de loin, du premier album de Bigg, Mgharba 'Tal Moute? Celui que certains nomment déjà comme le meilleur rappeur marocain nous livre après un été chargé en scènes, interviews et concerts; ses impressions personnelles, ses revendications et ses projets futurs... Tout cela avec humour et simplicité.
Comment en es-tu arrivé à t'intéresser au Rap, et surtout pourquoi t'es-tu lancé dans la composition ?
J'ai commencé à m'intéresser au Rap pendant le collège, car à vrai dire ce que j'écoutais avant dépendait de ce qui traînait à la maison: cassettes ou vinyles des Beatles par exemple, en passant par Withney Houston et Abdelhalim, ou encore avec notre chère mère la télévision (Dieu bénisse 2m à la période du décodeur) j'ai découvert Michael Jackson, dont d'ailleurs j'étais fan comme pas possible... Le rap donc, je m'y suis intéressé grâce à des vidéos et des cassettes audio de potes.
Pour la composition, c'est venu un peu plus tard : Je rappe depuis neuf ans maintenant, mais je ne compose que depuis cinq ans, question de fierté, pour ne plus rapper des choses écrites par quelqu'un d'autre.
Tu t'es lancé dans une carrière solo après une expérience de groupe...Est-ce parce que les messages véhiculés par ton ancien groupe ne te convenaient pas, pour aborder des thèmes et sujets qui t'intéressent vraiment?
Je me sentais conditionné avec le groupe, ne pas dire ça, ne pas aborder tel ou tel sujet, passer pour des mecs politiquement correct... J'ai toujours voulu jouer sur les tabous, alors forcément, je me voyais mieux en solo. Il y a aussi le fait que je rappais en anglais et que ça passait mieux... Mais quand je me suis mis à l'arabe, les mecs ont commencé à comprendre et à craindre les répercutions. Trop de têtes pensaient, et un bateau qui a plus d'un commandant ne peut que chavirer. Le groupe était voué à l'échec, on s'est dit autant tout stopper avec une bonne réputation.
Tu avais déjà un nom dans le secteur du rap marocain, donc peut-être plus de facilités... Comment ont réagi les gens du milieu quand ils ont appris que tu te lançais dans une carrière solo? Casses, encouragements?
J'ai plutôt été encouragé, déjà que depuis Mafia C on me donnait toujours le même conseil, on me posait la même question, pourquoi tu ne fais pas un truc en solo... Alors j'ai fait ce qu'ils attendaient de moi, non seulement pour leur faire plaisir parce que c'était avant tout ma volonté, mais pour voir ce que je valais en tant que compositeur et interprète solo.
Ton premier album a fait du bruit, beaucoup de bruit, des mécontents aussi, mais surtout un nombre considérable de fans... Comment vis-tu ce rôle que certains te donnent de porte-parole d'une jeunesse qui ne veut plus avoir peur?
Je n'ai jamais eu la prétention ou le culot de m'affirmer porte-parole de la jeunesse, je dirais plutôt de ceux qui s'identifient à mes chansons : Je suis issu de la classe moyenne à tendance pauvre, je suis donc dans la même situation que 80% de nos jeunes. J'ai vécu les mêmes choses, à quelques détails près, je crois donc qu'on a les mêmes besoins et les mêmes envies, et surtout les mêmes droits. Je me bats non pour changer les mentalités, mais juste pour changer l'idée que les responsables se font de la jeunesse marocaine, soi-disant insouciante wella "mdamdma"...
On est pas dupes les gars, c'est juste qu'on a pas encore eu l'occasion de montrer que l'on peut être solidaires, et je suis là pour ça.
Tu es là pour ça, et tu n'hésites pas à montrer que tu n'es pas le seul, en invitant plusieurs rappeurs marocains de renom à collaborer avec toi... Comment se fait votre travail, comment choisis-tu tes duos?
J'ai participé à une compilation avec bon nombre de rappeurs marocains et certaines têtes d'affiche françaises, j'ai donc tout de suite eu l'idée d'intégrer tout ce beau monde dans mon album avec deux idées principales en tête : Un album peut se faire tout seul, mais à quoi bon? Et puis je me suis dit que s'il marche et qu'il connaît un franc succès, il permettra à certains rappeurs d'avoir la reconnaissance qu'ils n'avaient pas pu avoir auparavant, à défaut de pub ou de produit fini.
Je me suis dit qu'il y avait du potentiel dans ce bled et je l'ai exploité, pas comme ceux qui n'ont pas eu le courage de le faire. J'ai cru en des artistes qui en valent la peine, ce n'est pas mon album, c'est le nôtre, et ils me l'ont bien rendu. Et toujours sans prétention, je pense que sans eux Mgharba 'Tal Moute n'aurait pas eu autant d'impact.
Le message est passé, et c'est bien ce que tu voulais... Les critiques à tort et à travers, les gens qui jugent ton langage trop khasser, t'en penses quoi?
Je réponds aux hypocrites par le silence, aux grands gueules qui ne sont là que pour bluffer le monde que je suis à 100% là pour les faire chier, et aux grands gueules revendicatifs que je suis à 100% avec eux.
Ta carrière de rappeur commence à prendre de l'ampleur au Maroc... La scène internationale t'intéresse-t-elle? Tu as pu collaborer avec des artistes étrangers, rappeurs ou autres... Quelle approche as-tu de ces expériences?
J'ai collaboré avec les psy4, Intik et Imothep ( IAM ) sur une compile dont la promo est en vente à la Fnac, mais la compil en elle-même n'as pas aboutie, la faute à certaines personnes qui ont voulu entuber les marocains...
Bref, c'est toujours bien de collaborer avec des étrangers, c'est un échange culturel même si ça reste dans le mouvement Hip Hop.
Pour ce qui est de la scène internationale, ceux qui m'intéressent en premier plan sont les marocains résidant à l'étranger et non la scène en elle-même : Je veux conquérir pour l'instant l'oreille marocaine et l'oreille marocaine à l'étranger. Après, pourquoi pas les autres ! Pour moi, il y a les marocains, et puis les autres, et les marocains sont ma priorité.
Mgharba 'tal moute, c'est un peu un documentaire sur la vie au Maroc, celle qu'on ne montre pas dans les spots publicitaires, celle d'un marocain qui parle à ces concitoyens... Tu aimes ton pays et tu le critiques, mais n'y a-t-il pas des moments où tu as eu envie de baisser les bras et de ranger ta langue dans ta poche comme l'a fait un grand nombre de personnes?
Ma langue est tellement longue que je ne peux pas la ranger dans un si petit trou comme le font les trous du cul, je dis ce que je vis et ce que les miens vivent ou ont vécu. Certains me demandent ce que j'en sais de Tazmamart pour en parler, et je réponds qu'il ne faut pas attendre d'avoir le VIH pour en parler!
Mgharba 'Tal Moute, ce n'est pas un titre ou une belle phrase qui m'est tombée sur la tête un beau jour, ou un propos politiquement correct qui a pour but, comme le croient certains, de passer pour un gars qui aime son pays juste à des fins persos... Mgharba 'Tal Moute comme diraient les Ricains, c'est un Way Of Life, un concept, une conviction et un principe. C'est ça, Mgharba 'Tal Moute.
Que penses-tu de ce qui se fait en termes de musique underground au Maroc, que ce soit en Rap, en Fusion ou en Rock/Metal ?
Je crois que la plate-bande commence vraiment à se faire sentir, donc pour moi ce n'est que le début et je suis optimiste à ce sujet, parce qu'on a des groupes qui ont vraiment les couilles de faire tous seuls ce que soit disant les artistes étrangers dont certains mêmes sont fans ne pourraient jamais faire avec les mêmes moyens.
Faut savoir que chaque bord à ses moyens et que le nôtre est tellement misérable que si l'on arrive à faire un album, il faudrait nous applaudir avec les pieds parce que sérieux, personne ne peut sentir la galère qu'on endure sauf nous, quand je dis nous je parle des gars qui ont pu sortir leurs albums (Darga -Fnaire - H kayen - Muslim) ... C'est ça la galère du vrai artiste marocain, et je dis bien vrai.
T'es-t-il déjà arrivé d'être confronté à des arrivistes musicaux marocains?
Non, parce qu'on ne passe pas par le même chemin.
Bilan général du bout de chemin que tu as fait jusqu'à présent?
Question fric, c'est le déficit sur toute la ligne, concernant le public, le bénéfice a été abondant, et par rapport à l'album, ce n'est que le début.
Et concernant tes projets d'avenir?
Participation sur pas mal de bandes sons de films, ("os de fer" entre autre), tournée avec l'Institut Français dans toutes les grandes villes du Maroc à partir de janvier Inchaalah, des dates en France et Espagne en 2007 aussi, Inchallah.
Un mot de conclusion pour ceux qui te connaissent, et même ceux qui ne te connaissent pas – encore-?
Mgharba 'Tale Mout J
Des news fraîches, en voici en voilà ! Bigg est dorénavant chroniqueur pour la version arabe de TelQuel, Nichan... Amis de la franchise, vous savez ce qui vous reste à faire !
Interview réalisée par Ayla - Nextline.ma
Comment en es-tu arrivé à t'intéresser au Rap, et surtout pourquoi t'es-tu lancé dans la composition ?
J'ai commencé à m'intéresser au Rap pendant le collège, car à vrai dire ce que j'écoutais avant dépendait de ce qui traînait à la maison: cassettes ou vinyles des Beatles par exemple, en passant par Withney Houston et Abdelhalim, ou encore avec notre chère mère la télévision (Dieu bénisse 2m à la période du décodeur) j'ai découvert Michael Jackson, dont d'ailleurs j'étais fan comme pas possible... Le rap donc, je m'y suis intéressé grâce à des vidéos et des cassettes audio de potes.
Pour la composition, c'est venu un peu plus tard : Je rappe depuis neuf ans maintenant, mais je ne compose que depuis cinq ans, question de fierté, pour ne plus rapper des choses écrites par quelqu'un d'autre.
Tu t'es lancé dans une carrière solo après une expérience de groupe...Est-ce parce que les messages véhiculés par ton ancien groupe ne te convenaient pas, pour aborder des thèmes et sujets qui t'intéressent vraiment?
Je me sentais conditionné avec le groupe, ne pas dire ça, ne pas aborder tel ou tel sujet, passer pour des mecs politiquement correct... J'ai toujours voulu jouer sur les tabous, alors forcément, je me voyais mieux en solo. Il y a aussi le fait que je rappais en anglais et que ça passait mieux... Mais quand je me suis mis à l'arabe, les mecs ont commencé à comprendre et à craindre les répercutions. Trop de têtes pensaient, et un bateau qui a plus d'un commandant ne peut que chavirer. Le groupe était voué à l'échec, on s'est dit autant tout stopper avec une bonne réputation.
Tu avais déjà un nom dans le secteur du rap marocain, donc peut-être plus de facilités... Comment ont réagi les gens du milieu quand ils ont appris que tu te lançais dans une carrière solo? Casses, encouragements?
J'ai plutôt été encouragé, déjà que depuis Mafia C on me donnait toujours le même conseil, on me posait la même question, pourquoi tu ne fais pas un truc en solo... Alors j'ai fait ce qu'ils attendaient de moi, non seulement pour leur faire plaisir parce que c'était avant tout ma volonté, mais pour voir ce que je valais en tant que compositeur et interprète solo.
Ton premier album a fait du bruit, beaucoup de bruit, des mécontents aussi, mais surtout un nombre considérable de fans... Comment vis-tu ce rôle que certains te donnent de porte-parole d'une jeunesse qui ne veut plus avoir peur?
Je n'ai jamais eu la prétention ou le culot de m'affirmer porte-parole de la jeunesse, je dirais plutôt de ceux qui s'identifient à mes chansons : Je suis issu de la classe moyenne à tendance pauvre, je suis donc dans la même situation que 80% de nos jeunes. J'ai vécu les mêmes choses, à quelques détails près, je crois donc qu'on a les mêmes besoins et les mêmes envies, et surtout les mêmes droits. Je me bats non pour changer les mentalités, mais juste pour changer l'idée que les responsables se font de la jeunesse marocaine, soi-disant insouciante wella "mdamdma"...
On est pas dupes les gars, c'est juste qu'on a pas encore eu l'occasion de montrer que l'on peut être solidaires, et je suis là pour ça.
Tu es là pour ça, et tu n'hésites pas à montrer que tu n'es pas le seul, en invitant plusieurs rappeurs marocains de renom à collaborer avec toi... Comment se fait votre travail, comment choisis-tu tes duos?
J'ai participé à une compilation avec bon nombre de rappeurs marocains et certaines têtes d'affiche françaises, j'ai donc tout de suite eu l'idée d'intégrer tout ce beau monde dans mon album avec deux idées principales en tête : Un album peut se faire tout seul, mais à quoi bon? Et puis je me suis dit que s'il marche et qu'il connaît un franc succès, il permettra à certains rappeurs d'avoir la reconnaissance qu'ils n'avaient pas pu avoir auparavant, à défaut de pub ou de produit fini.
Je me suis dit qu'il y avait du potentiel dans ce bled et je l'ai exploité, pas comme ceux qui n'ont pas eu le courage de le faire. J'ai cru en des artistes qui en valent la peine, ce n'est pas mon album, c'est le nôtre, et ils me l'ont bien rendu. Et toujours sans prétention, je pense que sans eux Mgharba 'Tal Moute n'aurait pas eu autant d'impact.
Le message est passé, et c'est bien ce que tu voulais... Les critiques à tort et à travers, les gens qui jugent ton langage trop khasser, t'en penses quoi?
Je réponds aux hypocrites par le silence, aux grands gueules qui ne sont là que pour bluffer le monde que je suis à 100% là pour les faire chier, et aux grands gueules revendicatifs que je suis à 100% avec eux.
Ta carrière de rappeur commence à prendre de l'ampleur au Maroc... La scène internationale t'intéresse-t-elle? Tu as pu collaborer avec des artistes étrangers, rappeurs ou autres... Quelle approche as-tu de ces expériences?
J'ai collaboré avec les psy4, Intik et Imothep ( IAM ) sur une compile dont la promo est en vente à la Fnac, mais la compil en elle-même n'as pas aboutie, la faute à certaines personnes qui ont voulu entuber les marocains...
Bref, c'est toujours bien de collaborer avec des étrangers, c'est un échange culturel même si ça reste dans le mouvement Hip Hop.
Pour ce qui est de la scène internationale, ceux qui m'intéressent en premier plan sont les marocains résidant à l'étranger et non la scène en elle-même : Je veux conquérir pour l'instant l'oreille marocaine et l'oreille marocaine à l'étranger. Après, pourquoi pas les autres ! Pour moi, il y a les marocains, et puis les autres, et les marocains sont ma priorité.
Mgharba 'tal moute, c'est un peu un documentaire sur la vie au Maroc, celle qu'on ne montre pas dans les spots publicitaires, celle d'un marocain qui parle à ces concitoyens... Tu aimes ton pays et tu le critiques, mais n'y a-t-il pas des moments où tu as eu envie de baisser les bras et de ranger ta langue dans ta poche comme l'a fait un grand nombre de personnes?
Ma langue est tellement longue que je ne peux pas la ranger dans un si petit trou comme le font les trous du cul, je dis ce que je vis et ce que les miens vivent ou ont vécu. Certains me demandent ce que j'en sais de Tazmamart pour en parler, et je réponds qu'il ne faut pas attendre d'avoir le VIH pour en parler!
Mgharba 'Tal Moute, ce n'est pas un titre ou une belle phrase qui m'est tombée sur la tête un beau jour, ou un propos politiquement correct qui a pour but, comme le croient certains, de passer pour un gars qui aime son pays juste à des fins persos... Mgharba 'Tal Moute comme diraient les Ricains, c'est un Way Of Life, un concept, une conviction et un principe. C'est ça, Mgharba 'Tal Moute.
Que penses-tu de ce qui se fait en termes de musique underground au Maroc, que ce soit en Rap, en Fusion ou en Rock/Metal ?
Je crois que la plate-bande commence vraiment à se faire sentir, donc pour moi ce n'est que le début et je suis optimiste à ce sujet, parce qu'on a des groupes qui ont vraiment les couilles de faire tous seuls ce que soit disant les artistes étrangers dont certains mêmes sont fans ne pourraient jamais faire avec les mêmes moyens.
Faut savoir que chaque bord à ses moyens et que le nôtre est tellement misérable que si l'on arrive à faire un album, il faudrait nous applaudir avec les pieds parce que sérieux, personne ne peut sentir la galère qu'on endure sauf nous, quand je dis nous je parle des gars qui ont pu sortir leurs albums (Darga -Fnaire - H kayen - Muslim) ... C'est ça la galère du vrai artiste marocain, et je dis bien vrai.
T'es-t-il déjà arrivé d'être confronté à des arrivistes musicaux marocains?
Non, parce qu'on ne passe pas par le même chemin.
Bilan général du bout de chemin que tu as fait jusqu'à présent?
Question fric, c'est le déficit sur toute la ligne, concernant le public, le bénéfice a été abondant, et par rapport à l'album, ce n'est que le début.
Et concernant tes projets d'avenir?
Participation sur pas mal de bandes sons de films, ("os de fer" entre autre), tournée avec l'Institut Français dans toutes les grandes villes du Maroc à partir de janvier Inchaalah, des dates en France et Espagne en 2007 aussi, Inchallah.
Un mot de conclusion pour ceux qui te connaissent, et même ceux qui ne te connaissent pas – encore-?
Mgharba 'Tale Mout J
Des news fraîches, en voici en voilà ! Bigg est dorénavant chroniqueur pour la version arabe de TelQuel, Nichan... Amis de la franchise, vous savez ce qui vous reste à faire !
Interview réalisée par Ayla - Nextline.ma